Brexit : un accord qui cristallise les mésententes

Interview croisée avec Michael Bret initialement publiée par Atlantico. 

Ce dimanche 25 novembre, les 28 membres européens se réunissaient à Bruxelles en vue de finaliser l’accord de divorce entre Union européenne et Royaume Uni. Comment évaluer le résultat de cette dernière journée d’étape ?

Renaud Thillaye : La signature était en quelque sorte une formalité puisqu’il était clair que les chefs d’Etat et de gouvernement ne réuniraient que sur la base d’un accord finalisé ». Les dernières tractations ont en réalité eu lieu la semaine dernière, et portaient essentiellement sur la Déclaration politique qui servira de cadre à la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni (à distinguer de l’Accord de retrait). Le résultat a montré que les 27 avaient clairement la main, par contraste avec Theresa May qui voulait absolument finaliser cet accord pour éviter de se retrouver dans une impasse. Continue reading “Brexit : un accord qui cristallise les mésententes”

Brexit: vers un “no deal”? Débat avec Denis MacShane

Alors que l’issue des négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne demeure encore incertaine, la Fondation Jean-Jaurès et la FEPS ont reçu Denis MacShane, ancien ministre des Affaires européennes britannique, pour un débat animé par Renaud Thillaye.

Initialement publié par la Fondation Jean-Jaurès.

Royaume-Uni: une derniere chance pour le soft Brexit?

Article initialement publié par la Fondation Jean-Jaurès en juin 2018.

Jusqu’ici tout va bien. Le Brexit est sur les rails, Theresa May tient sa majorité, Jeremy Corbyn maintient sa popularité sans menacer de renverser le gouvernement. Cependant, tout indique que la relative stabilité politique britannique pourrait dégénérer rapidement et provoquer de nouvelles secousses. La cause en sera vraisemblablement le Brexit, qui continue de dominer le débat public et l’agenda politique. Les conséquences toucheraient non seulement à l’écosystème politique, le Parti travailliste n’en sortant pas indemne, mais aussi à l’avenir de l’Europe.

Élections britanniques : Theresa May prise à son propre piège ?

Article publié le 2 juin 2017 par la Croix et la Fondation Jean Jaurès dans une série de trois tribunes sur l’élection législative du 8 juin au Royaume-Uni 

Theresa May et Jeremy Corbyn le 11 mai 2017.

Theresa May et Jeremy Corbyn le 11 mai 2017. / Andy buchanan Jack Hill/AFP

Le 8 juin prochain, se tiendront les élections anticipées décidées par la Première ministre britannique Theresa May mi-avril. L’annonce de ces élections a surpris tout le monde puisque Theresa May elle-même avait répété à plusieurs reprises depuis son entrée en fonction, en juillet dernier, que le pays avait besoin de stabilité. Ce sera la troisième fois en deux ans que les électeurs britanniques se rendront aux urnes après les élections législatives de mai 2015 et le référendum sur l’appartenance à l’Union européenne de juin 2016.

Theresa May n’est pas en situation de force

Le pari de Theresa May est de conforter sa base de soutien et d’obtenir de plus grandes marges de manœuvre. La majorité conservatrice actuelle est fragile, avec seulement dix sièges de plus que le seuil de la majorité absolue (330 sièges sur 560) à la Chambre des Communes. Theresa May est par ailleurs contrainte par un programme qui n’est pas le sien mais celui de David Cameron, l’ancien Premier ministre démissionnaire après la victoire du « Leave » au référendum sur le Brexit. Le timing de Theresa May est également intéressant sur le plan européen : la France aborde la négociation du Brexit forte d’un président fraîchement élu, et l’Allemagne renouvellera son Parlement et son gouvernement en septembre. Theresa May espère elle aussi arriver à la table des négociations avec un mandat plus solide. Continue reading “Élections britanniques : Theresa May prise à son propre piège ?”

Royaume-Uni: vers une hégémonie conservatrice?

mayNote publiée pour la Fondation Jean-Jaurès le 13 octobre 2016 suite aux conférences annuelles des partis politiques britanniques.

“Trois mois après le référendum qui a vu la victoire du Brexit et quinze jours après la réélection de Jeremy Corbyn à la tête du Labour, quelle est la situation politique au Royaume-Uni ? Renaud Thillaye analyse la mise en place du gouvernement conservateur de Theresa May, ses premières mesures et les défis qui attendent les progressistes.”

La note est accessible ici: https://jean-jaures.org/nos-productions/royaume-uni-vers-une-hegemonie-conservatrice-0

The French ‘maximalist’ view on Social Europe

Article first published by Clingendael in June 2016. 

Since the early days of European integration, French policy-makers and commentators have held maximalist views on Social Europe. In 1989, François Mitterrand famously said: “Europe will be social, or will not be”. The dominant picture is one of fear of foreign competition and accusations of heartless neighbours. The French like to think they are the only ones to defend the human face of European integration. Crucially, there is little recognition of and reflection on the German and Norther European lack of trust in their Southern partners. France’s approach to Social Europe can be categorised in three groups of claims and demands.
Upward harmonisation of social conditions
The first set dates back to the negotiations of the Rome Treaty, during which the French government secured a social policy chapter. They did so under the pressure of French employers’ federations who feared labour cost competition from other member states. The idea that market integration brings about unfair competition and ultimately leads to a social race to the bottom, or ‘social dumping’, is very present in the French view on Europe and globalisation despite only patchy evidence. The development of EU social standards in employment and working conditions was seen by Jacques Delors as instrumental to winning French support for further market integration. The 2005 referendum on the EU’s Constitutional treaty was lost partly on the perception that the EU was a market that left ordinary people unprotected.

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Le Brexit ouvre un débat utile pour l’Europe

Article publié par le Monde le 20 juin 2016.

La possibilité d’un Brexit se dessinant chaque jour un peu plus, on peut déjà tirer des enseignements du référendum britannique du 23 juin. Quel qu’en soit le résultat, le succès de la campagne en faveur du « Leave » doit conduire les pro-Européens à s’interroger sur ce rejet et ne pas reproduire les erreurs du passé. La réaction au Brexit ou à une victoire étriquée du « Remain » ne saurait passer par davantage d’intégration, mais par une remise en question sur le mode de fonctionnement de l’Europe.

Première leçon, le camp du Brexit surfe avec brio sur la vague de contestation d’élites qui ne sont plus considérées comme représentatives. En promettant de restaurer la démocratie et la souveraineté dans leur pureté, les anti-européens s’attribuent le monopole de l’idéal démocratique. Ce faisant, ils gagnent non seulement en respectabilité, mais touchent du doigt un immense défi : celui de réconcilier ouverture et intégration européenne avec démocratie. La réponse traditionnelle, qui a consisté à renforcer le caractère démocratique des institutions européennes, n’a pas eu l’efficacité escomptée. Les raisons n’en ont pas été suffisamment analysées. Force est de constater que toutes les institutions, qu’elles soient nationales ou européennes, politiques ou économiques, sont aujourd’hui suspectées de ne chercher que le renforcement de leur propre pouvoir.

Deuxième leçon, le camp du Brexit propose un changement concret dans la vie des Britanniques : une diminution de l’immigration intra-européenne en mettant fin à la liberté de circulation des personnes. Le caractère potentiellement toxique de ce message – initialement porté exclusivement par le leader du UKIP Nigel Farage, mais depuis relayé par des personnalités plus modérées – a été largement atténué par la proposition de mettre en place un système d’immigration à points, comme en Australie et au Canada. Le slogan « reprendre le contrôle » (« Take back control ») y trouve une traduction bien réelle, là où les chiffres avancés par les pro-Européens sur les bénéfices économiques supposés de l’intégration européenne se heurtent à un mur de scepticisme.

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