Marie Stuart

Le film Marie Stuart, Reine d’Ecosse, est l’occasion de lire, ou relire peut-être, la superbe biographie que lui consacra Stefan Zweig. Un heureux hasard m’a fait terminer le livre quelques semaines avant la sortie du film. La finesse psychologique de Zweig est éblouissante. Sa mise en perspective historique également, avec des pages saisissantes sur l’éclat de la cour de France vers 1560, et sur la transition entre société féodale et politique moderne.

Le film se contente, et c’est déjà beaucoup, de décrire la lutte entre Marie et Elisabeth comme celle de deux femmes prisonnières de leur religion et de clans masculins rivaux qui tentent de les manipuler pour satisfaire leur propre ambition. Décors et costumes sont sublimes, tension dramatique et cruauté ne manquent pas (le scénariste n’est autre que Beau Willimon, de House of Cards), et on salue l’audace d’avoir imaginé la rencontre entre les deux reines, représentée avec beaucoup de grâce.

Voici deux extraits de la biographie, au chapitre « Grand marché matrimonial et politique, 1563-1565 » (édition Grasset, pp. 97-101):

« Si Marie-Stuart vit pour elle-même, Elisabeth, réaliste, vit pour son pays et regarde son état de souveraine comme une profession comportant des devoirs, tandis que Marie Stuart voit dans la royauté une prédestination qui la dispense de toute obligation. Toutes deux sont fortes, toutes deux sont faibles, dans un sens différent. Si l’héroïque et folle témérité de Marie Stuart fait son malheur, les hésitations et temporisations d’Elisabeth finissent par lui être profitable. En politique, la lente persévérance triomphe toujours de la force indomptée, le plan soigneusement élaboré de l’élan improvisé, le réalisme du romanesque »

« Derrière le contraste profond des deux personnalités, les grandes oppositions de l’époque se dressent comme des ombres puissantes et gigantesques. Le fait que Marie Stuart fut la championne du catholicisme, de l’ancienne religion, et Elisabeth la protectrice de la Réforme, de la nouvelle, n’est pas un hasard, mais un symbole : ces souveraines, qui incarnaient deux conceptions différentes du monde, Marie Stuart le monde expirant, le moyen âge chevaleresque, Elisabeth le monde futur, les temps nouveaux. C’est une transition historique qui s’opère dans le conflit des deux reines. »

 

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