Quelques bonnes raisons de voter Macron

A J-7, quatre candidats sont dans un mouchoir de poche. Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont encore favoris, mais la dynamique est clairement en faveur de François Fillon et Jean-Luc Mélenchon.

L’hypothèse d’un second tour avec Marine le Pen est solide compte tenu du très haut niveau de certitude de ses électeurs (85% de ceux qui disent vouloir voter pour elles en sont certains, selon le dernier sondage Ipsos publié dans le Monde le 14 avril). Le socle d’Emmanuel Macron, qui est au même niveau dans les intentions de vote, est moins solide (68%).

La présence de Fillon, plutôt que celle de Macron, au second tour parait plausible : ses électeurs sont certains de leur choix à 80%, et les catégories qui le soutiennent, notamment les personnes âgées, font partie de celles qui s’abstiennent le moins. Dans le climat fébrile de fin de campagne, Fillon rassemble tous ceux qui ont peur du chaos (Le Pen, Mélenchon) et de l’inconnu (Macron). L’effet catastrophique des « affaires » est derrière nous, et les gens ont décidé d’oublier les casseroles de Fillon pour privilégier son autorité et son expérience (petit apparté: ceux qui, horrifiés, se demandent comment cela est possible devraient lire ces réflexions d’André Comte-Sponville sur la morale et la politique). Ses attaques contre « Emmanuel Hollande » sont efficaces, et sa drague de l’électorat catholique porte un coup à Marine le Pen.

Reste le cas Mélenchon. Il bénéficie d’un très fort intérêt depuis le débat télévisé du 20 mars. Il séduit beaucoup chez les jeunes et les abstentionnistes. Cependant il n’est pas certain que cela suffise à lui ouvrir les portes du second tour. Son socle est relativement fragile (66%), et sa personnalité et son programme suscitent encore beaucoup d’interrogations. Ils poussent le vote Fillon vers le haut. En 2012, Mélenchon était attendu à 15% à une semaine du premier tour, et n’avait réalisé que 11%.

Comment voter pour éviter un second tour Le Pen-Fillon ? Raisons tactiques de voter Macron

A ceux qui veulent à tout prix éviter le Pen, et si possible Fillon, voici quelques réflexions d’ordre tactique qui conduisent à choisir Macron :

  • Macron est le candidat anti-Le Pen par excellence. Son irruption dans le champ politique français est une tentative de dépasser une opposition souvent stérile entre le centre-droit et le centre-gauche, et d’offrir une alternative claire à Marine Le Pen. Macron est pro-européen, progressiste, humaniste, là où Le Pen est nationaliste et conservatrice, voire franchement réactionnaire pour la plupart de ses troupes. Il est patriote au meilleur sens du terme, et ne voit pas de contradiction entre l’amour de la France et l’amour de l’Europe : l’une ne va pas sans l’autre. Vouloir sauver la France en sortant de l’Europe est une illusion.
  • De ce fait, Macron serait bien placé pour rassembler largement, à droite comme à gauche, dans le cas d’un second tour avec Marine Le Pen. On peut s’attendre à ce que la plupart des candidats de droite (Fillon) et de gauche (Hamon, Mélenchon), ainsi que d’anciens présidents (Sarkozy, Hollande) appellent à voter pour lui. La dynamique de rassemblement anti-Le Pen est beaucoup moins claire en cas de second tour Le Pen-Fillon.
  • Soutenir Mélenchon plutôt que Macron rend un second tour Fillon-Le Pen plus probable. Mais en cas de second tour Mélenchon-Le Pen (hypothèse peu probable), là aussi, la victoire de Mélenchon parait moins assurée que celle de Macron. Est-il besoin d’ajouter qu’un Mélenchon accédant à la présidence de la République créerait tout autant de turbulences que la victoire de Le Pen: fin de l’UE et choc frontal avec l’Allemagne, sortie de l’OTAN, choc économique (chute des investissements, fuite des capitaux, etc.). La seule chose qu’on éviterait, ce sont des émeutes dans les banlieues et la guerre civile (j’en conviens, ce n’est pas rien,!).
  • Inutile malheureusement de s’attarder sur Benoit Hamon, le candidat du PS parti bien trop tard et en chute libre dans les intentions de vote, car souffrant du manque d’espace entre des personnalités plus affirmées sur sa droite (Macron) et sa gauche (Mélenchon). Sa candidature parait superflue dans un tel paysage, et il a lui-même concédé qu’il voterait pour Mélenchon au second tour, surprenant aveu de faiblesse. Benoit Hamon a certainement du talent et des idées, et il est bien placé pour reprendre les reines du PS après l’election. Mais ce n’est pas le sujet de l’election présidentielle.

Pourquoi Macron n’est pas qu’un vote utile 

Il y a aussi d’excellentes raisons de fond de voter Macron.

Macron apporte du vent frais dans la politique française, ayant décidé de se présenter en dehors des partis traditionnels de droite et de gauche. Certes, on en a vu d’autres par le passé. Macron renoue avec une tradition centriste reliant De Gaulle à Bayrou en passant par Mendès-France et Giscard. Mais sa démarche ne consiste pas uniquement en un centrisme mou (le fameux « en même temps » qui lui vaut bien des moqueries).

Premièrement, Macron a renouvelé la façon de faire de la politique en faisant de En Marche un nouveau type de mouvement politique, très accessible et fondé sur des valeurs plutôt que sur un dogme idéologique. Cela arrive au bon moment, alors que Républicains et Socialistes paraissent à bout de souffle et sont suspectés de faire passer les intérêts du parti avant celui des Français. Dans un contexte où 75% des Français pensent que les politiques sont corrompus (baromètre CEVIPOF, janvier 2017… avant les affaires Fillon !), avoir un candidat faisant de la moralisation de la vie politique sa toute première mesure est bienvenu.

Deuxièmement, sur le fond, Macron propose davantage qu’un équilibre intelligent entre mesures de droite et mesure de gauche. Il touche du doigt l’un des plus grands problèmes de la France : le manque de mobilité sociale, et le fossé qui sépare les « inclus » des « exclus ». La France se targue de dépenser beaucoup en éducation et en protection sociale, mais le chômage et les inégalités restent à un niveau élevé. Par rapport aux autres pays développés, le système éducatif français est très bon pour les enfants de cadres, mais condamne beaucoup d’enfants d’ouvriers et d’immigrés à l’échec. La distance est très grande entre un fonctionnaire bénéficiant de l’emploi à vie et de solides droits sociaux, et un jeune accumulant CDD et missions d’intérim.

Plutôt que de couper sec dans les dépenses (option Fillon, qui correspond aux recettes traditionnelles de la droite), Macron propose une articulation qui fait le succès des pays scandinaves entre flexibilité et dépenses sociales « actives », c’est-à-dire visant à rendre les gens moins dépendants de l’aide sociale. D’un côté les entreprises auraient plus de latitude pour embaucher et licencier ; les écoles et les universités auraient plus d’autonomie pour essayer des nouvelles méthodes; les collectivités locales auraient plus de marges pour embaucher des non-fonctionnaires. En échange, il y aurait plus de moyens pour la formation professionnelle, l’éducation prioritaire, les investissements dans la transition énergétique.

Pourquoi Macron n’est pas un saut dans l’inconnu

Beaucoup de gens hésitent à voter Macron parce qu’il « n’aura pas de majorité à l’Assemblée » et qu’ « il est trop inexpérimenté ». A ces observations, quelques remarques.

Certes, seul Fillon parait aujourd’hui en mesure d’avoir une majorité. La droite contrôle le Sénat, et ses candidats sortants, bien implantés localement, seraient en position de force lors des législatives si Fillon gagnait le 7 mai. Tous les autres candidats auraient des difficultés, notamment Le Pen et Mélenchon. Il est peu probable que les candidats d’En Marche, nouveaux et relativement inexpérimentés en politique, gagnent les élections législatives. Cependant le tableau n’est pas aussi noir que certains voudraient le faire croire.

Premièrement, en cas de victoire de Macron, un certain nombre de députés socialistes et républicains rejoindront En Marche, ou annonceront explicitement qu’ils soutiendront la future majorité. Une restructuration du paysage politique a de fortes chances de s’opérer. Deuxièmement, il faut compter sur l’esprit de suite des Français, qui voudront assurer au nouveau président une majorité stable. Troisièmement, même si En Marche n’obtient pas la majorité, Macron a annoncé la couleur : il faudra faire une coalition de gouvernement. C’est peut-être nouveau dans la Cinquième République, mais c’était la norme sous la Troisième et Quatrième, et c’est la pratique chez la plupart de nos voisins européens. La situation de la France est suffisamment préoccupante pour justifier cette démarche de ce type, signe d’ailleurs d’une certaine maturité démocratique. Compte tenu des “mouvements individuels” mentionnés plus haut, il n’est pas impossible de voir les groupes parlementaires républicains et socialistes se scinder en deux : ceux qui soutiendront le gouvernement autour d’un contrat établi d’entrée de jeu, et les autres.

Quant à l’argument de l’inexpérience, je n’aurai pas la faiblesse de citer Corneille, mais enfin… Sommes-nous devenus à ce point frileux pour penser qu’un homme de 39 ans ne peut pas diriger un pays ? Le plus important me parait de déterminer si ce jeune ambitieux est un imposteur, ou s’il y a quelque chose de solide derrière. Mon instinct me dicte que celui qui fut un temps ancien assistant de Paul Ricoeur est une personnalité brillante, qui comprend vite, apprend de ses erreurs, et sait parler aux Français sans les prendre pour des imbéciles. Donc qu’on peut lui faire pleinement confiance.

Pour résumer :

  • Préparez-vous à un second tour Le Pen-Fillon, et pour l’éviter, votez Macron plutôt que Mélenchon. Oubliez Hamon (si vous êtes fan, attendez le prochain congrès du PS!).
  • Macron n’est pas l’idiot utile du multiculturalisme dépeint par Fillon et Le Pen. Il a répété à l’envie son attachement à la laïcité, et son amour de la France.
  • Pour tous ceux qui pensent que la France a besoin d’un environnement plus favorable aux entreprises tout en mettant en place une protection sociale plus intelligente, Macron a de loin la meilleure offre.
  • Pour tous ceux qui sont dégoûtés par les affaires et pensent que la France a besoin de renouveler la classe et les pratiques politiques, Macron est le bon candidat.
  • Pour ceux qui craignent l’absence de majorité : c’est un risque à prendre, et un risque bien plus contrôlé que dans les hypothèses Le Pen ou Mélenchon.
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