La gauche et la nation : contribution aux Etats généraux des socialistes (1)

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J’ai soumis la contribution suivante sur le thème « Nation et intégration » dans le cadre des Etats généraux des socialistes (contributions limitées à 2700 caractères, espaces compris!). Je ne crois qu’à moitié à l’utilité d’un tel processus participatif alors que le PS traverse une crise existentielle, et quand on sait que la « synthèse » sera effectuée par un comité de pilotage où les équilibres politiques internes sont soigneusement respectés. En de telles circonstances, il eut été intéressant de sélectionner par tirage au sort un groupe d’adhérents représentant la base pour rédiger la charte finale. Quoiqu’il en soit, PS ou non, la gauche devrait se pencher sérieusement sur la question de l’identité nationale.

Le PS ne doit pas laisser l’idée de nation à la droite et au Front National. Cela suppose d’évoquer la nation non seulement comme groupe de citoyens partageant les mêmes droits et devoirs, mais aussi comme communauté « charnelle » ayant une histoire, une langue, des paysages, des façons de vivre en partage. En effet, la nation est ce qui nous relie et ne peut reposer uniquement sur des principes abstraits. Elle nous fournit une vision commune du passé et de l’avenir, une raison de vivre ensemble. Elle donne du sens à la solidarité nationale, qui est au cœur du projet de la gauche.

Défendre la nation française etêtre patriote peut aller sans le rejet de l’autre ou le repli sur soi. On peut aimer les siens, chercher à développer son propre « génie », tout en dialoguant avec l’extérieur, en acceptant de se laisser enrichir par de nouveaux arrivants et en prenant une part active à la construction européenne. Le PS est internationaliste, pro-européen et ouvert à l’immigration. Toutefois, cette ouverture doit être mise en balance avec ce qui nous relie et fonde notre société : il y a des valeurs, des règles, des pratiques, des préférences auxquelles les Français(es) sont attachés. Célébrer la diversité ou l’Europe ne doit pas être perçu par une grande partie de la population comme un renoncement à soi-même.

En 2009, le PS a refusé de participer au débat lancé par Nicolas Sarkozy sur l’identité nationale. Certes, les arrière-pensées électoralistes de l’ancien Président de la République devaient être dénoncées. Cependant, il y a manifestement un inconfort à gauche vis-à-vis de l’identité nationale, concept chargé d’une histoire peu glorieuse. Ce silence fait le lit du Front National, dont le récit national réducteur et xénophobe séduit nombre de nos compatriotes déboussolés par la vitesse des changements auxquels ils sont confrontés.

Mettre des mots sur ce qu’est la France au 21e siècle est essentiel, au-delà des principes abstraits de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. Il importe de proposer une vision de la France dans laquelle toutes les origines, toutes les sensibilités doivent pouvoir reconnaître leur contribution avec fierté. Faute de quoi les revendications identitaires et le repli sur soi continueront à se développer.

Défendre la nation à gauche suppose donc d’un côté une grande fermeté quant au respect de la loi et des règles de vie commune, notamment le civisme, la neutralité de l’espace public, l’égalité hommes-femmes, la non-discrimination. D’autre part, une grande générosité – au nom du principe de fraternité – vis-à-vis des apports de l’immigration tant qu’ils s’insèrent harmonieusement dans ce cadre commun.

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