Élections britanniques : Theresa May prise à son propre piège ?

Article publié le 2 juin 2017 par la Croix et la Fondation Jean Jaurès dans une série de trois tribunes sur l’élection législative du 8 juin au Royaume-Uni 

Theresa May et Jeremy Corbyn le 11 mai 2017.

Theresa May et Jeremy Corbyn le 11 mai 2017. / Andy buchanan Jack Hill/AFP

Le 8 juin prochain, se tiendront les élections anticipées décidées par la Première ministre britannique Theresa May mi-avril. L’annonce de ces élections a surpris tout le monde puisque Theresa May elle-même avait répété à plusieurs reprises depuis son entrée en fonction, en juillet dernier, que le pays avait besoin de stabilité. Ce sera la troisième fois en deux ans que les électeurs britanniques se rendront aux urnes après les élections législatives de mai 2015 et le référendum sur l’appartenance à l’Union européenne de juin 2016.

Theresa May n’est pas en situation de force

Le pari de Theresa May est de conforter sa base de soutien et d’obtenir de plus grandes marges de manœuvre. La majorité conservatrice actuelle est fragile, avec seulement dix sièges de plus que le seuil de la majorité absolue (330 sièges sur 560) à la Chambre des Communes. Theresa May est par ailleurs contrainte par un programme qui n’est pas le sien mais celui de David Cameron, l’ancien Premier ministre démissionnaire après la victoire du « Leave » au référendum sur le Brexit. Le timing de Theresa May est également intéressant sur le plan européen : la France aborde la négociation du Brexit forte d’un président fraîchement élu, et l’Allemagne renouvellera son Parlement et son gouvernement en septembre. Theresa May espère elle aussi arriver à la table des négociations avec un mandat plus solide. Continue reading “Élections britanniques : Theresa May prise à son propre piège ?”

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Can Macron Succeed Where Obama Failed?

Article first published on Social Europe on 24 May 2017

For the first time in years, France is being looked at with interest and admiration. The country is having its ‘Obama moment’: the feeling that no ambition is too high for a great nation, especially when it comes to carrying the torch of liberal democracy and optimism.

In fact, the parallels between Obama’s 2008 and Macron’s 2017 victories are staggering. In both cases, a charming new face of exceptional talent and self-confidence emerges against all odds to offer a radical departure from the past. Politically, Macron, like Obama, comes from the centre-left but proposes to work with moderates from both sides and to break away from ideological posturing. Economically, the new French President puts forward the vision of social mobility, innovation economics, and egalitarian liberalism once championed by Obama. Culturally, it is hard not to notice the commonality between Obama’s multicultural patriotism and Macron’s proud promotion of an evolving French identity.

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Quelques bonnes raisons de voter Macron

A J-7, quatre candidats sont dans un mouchoir de poche. Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont encore favoris, mais la dynamique est clairement en faveur de François Fillon et Jean-Luc Mélenchon.

L’hypothèse d’un second tour avec Marine le Pen est solide compte tenu du très haut niveau de certitude de ses électeurs (85% de ceux qui disent vouloir voter pour elles en sont certains, selon le dernier sondage Ipsos publié dans le Monde le 14 avril). Le socle d’Emmanuel Macron, qui est au même niveau dans les intentions de vote, est moins solide (68%). Continue reading “Quelques bonnes raisons de voter Macron”

More To Macron Than Ideological Ambiguity

Article first published on Social Europe

When asked where he stands on the left-right axis, Emmanuel Macron gives a long answer along these lines: “I come from the left, but I don’t believe the left-right divide is the right one today. Look at how both the left and the right are divided, and how primaries have reinforced radicals from each side. Look at the number of issues on which there is a left-right consensus. I believe in another axis, which matters more today: the opposition between progressives and conservatives.”

This ambiguous positioning has earned Macron a lot of mockery. As the old joke on the French left goes, when someone claims to be neither left nor right, then he/she is right-wing. Opponents from either side of the political spectrum accuse him of being a classic liberal centrist, sharing common features with ex-president Valéry Giscard D’Estaing. The recent alliance formed with historic centrist figure François Bayrou only validates their assumption. Continue reading “More To Macron Than Ideological Ambiguity”

Royaume-Uni: vers une hégémonie conservatrice?

mayNote publiée pour la Fondation Jean-Jaurès le 13 octobre 2016 suite aux conférences annuelles des partis politiques britanniques.

“Trois mois après le référendum qui a vu la victoire du Brexit et quinze jours après la réélection de Jeremy Corbyn à la tête du Labour, quelle est la situation politique au Royaume-Uni ? Renaud Thillaye analyse la mise en place du gouvernement conservateur de Theresa May, ses premières mesures et les défis qui attendent les progressistes.”

La note est accessible ici: https://jean-jaures.org/nos-productions/royaume-uni-vers-une-hegemonie-conservatrice-0

The French ‘maximalist’ view on Social Europe

Article first published by Clingendael in June 2016. 

Since the early days of European integration, French policy-makers and commentators have held maximalist views on Social Europe. In 1989, François Mitterrand famously said: “Europe will be social, or will not be”. The dominant picture is one of fear of foreign competition and accusations of heartless neighbours. The French like to think they are the only ones to defend the human face of European integration. Crucially, there is little recognition of and reflection on the German and Norther European lack of trust in their Southern partners. France’s approach to Social Europe can be categorised in three groups of claims and demands.
Upward harmonisation of social conditions
The first set dates back to the negotiations of the Rome Treaty, during which the French government secured a social policy chapter. They did so under the pressure of French employers’ federations who feared labour cost competition from other member states. The idea that market integration brings about unfair competition and ultimately leads to a social race to the bottom, or ‘social dumping’, is very present in the French view on Europe and globalisation despite only patchy evidence. The development of EU social standards in employment and working conditions was seen by Jacques Delors as instrumental to winning French support for further market integration. The 2005 referendum on the EU’s Constitutional treaty was lost partly on the perception that the EU was a market that left ordinary people unprotected.

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Le Brexit ouvre un débat utile pour l’Europe

Article publié par le Monde le 20 juin 2016.

La possibilité d’un Brexit se dessinant chaque jour un peu plus, on peut déjà tirer des enseignements du référendum britannique du 23 juin. Quel qu’en soit le résultat, le succès de la campagne en faveur du « Leave » doit conduire les pro-Européens à s’interroger sur ce rejet et ne pas reproduire les erreurs du passé. La réaction au Brexit ou à une victoire étriquée du « Remain » ne saurait passer par davantage d’intégration, mais par une remise en question sur le mode de fonctionnement de l’Europe.

Première leçon, le camp du Brexit surfe avec brio sur la vague de contestation d’élites qui ne sont plus considérées comme représentatives. En promettant de restaurer la démocratie et la souveraineté dans leur pureté, les anti-européens s’attribuent le monopole de l’idéal démocratique. Ce faisant, ils gagnent non seulement en respectabilité, mais touchent du doigt un immense défi : celui de réconcilier ouverture et intégration européenne avec démocratie. La réponse traditionnelle, qui a consisté à renforcer le caractère démocratique des institutions européennes, n’a pas eu l’efficacité escomptée. Les raisons n’en ont pas été suffisamment analysées. Force est de constater que toutes les institutions, qu’elles soient nationales ou européennes, politiques ou économiques, sont aujourd’hui suspectées de ne chercher que le renforcement de leur propre pouvoir.

Deuxième leçon, le camp du Brexit propose un changement concret dans la vie des Britanniques : une diminution de l’immigration intra-européenne en mettant fin à la liberté de circulation des personnes. Le caractère potentiellement toxique de ce message – initialement porté exclusivement par le leader du UKIP Nigel Farage, mais depuis relayé par des personnalités plus modérées – a été largement atténué par la proposition de mettre en place un système d’immigration à points, comme en Australie et au Canada. Le slogan « reprendre le contrôle » (« Take back control ») y trouve une traduction bien réelle, là où les chiffres avancés par les pro-Européens sur les bénéfices économiques supposés de l’intégration européenne se heurtent à un mur de scepticisme.

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Europe 2.0? The EU after the British referendum

Article first published by Policy Network on 24 May 2016.

At a Policy Network seminar on 12 May, plausible post-referendum scenarios were discussed. Brexit or not, one thing is certain: there will be no EU superstate in the future

For Brexiters, history is already written: the EU is on course to become a superstate. Britain had better jump off the train before it happens, and other enlightened nations would be well advised follow suit. Those who have studied European integration in recent years know that this claim is not just gross exaggeration – it is completely misleading. Rigorous understanding of what the EU is today and what ‘integration’ has meant in the recent past is crucial to dispel this myth. It also helps to make an informed judgement on how the UK referendum is likely to impact on the EU, whatever the result.

No federal Europe: the new intergovernmentalism

Most Remainers and Brexiters share one particular assumption: that the crisis in the euro area will force integration in a core group of EU member states and redesign the European project. Little has changed in the British perception since Osborne’s famous suggestion that the eurozone should embrace the “remorseless logic” of monetary integration in 2011. The assumption is largely correct, but there is confusion as to the timeframe and what is meant by ‘integration’. Six years after the beginning of the debt crises, it has become clear that there is a significant share of ‘reluctant Europeans’ not only in the UK, but spread across the euro area. The currency union has not taken giant steps towards a fiscal union and more central institutions. The short-term firefighting on display relies on member states’ one-off contributions, conditional collective loans, intrusive peer surveillance and fiscal policy through the monetary backdoor. More radical decisions, such as debt mutualisation, the setting-up of automatic transfers or simply debt reliefs, have been methodically avoided so far. Creditor countries have resisted pressures to depart from the Maastricht surveillance-based architecture.

Such reluctance to supranational and solidarity mechanisms is best understood in the light of the shift from the ‘permissive consensus’ of the early years of European integration to the ‘constraining dissensus’ characterising EU policymaking today. While the first decades were driven by business interests far away from a relatively indifferent public, the expansion of the EU’s reach to core state powers (such as money and border management) has led to politicisation, mostly in negative terms. The public’s reluctance to fully transfer resources and state powers to the EU has brought about the paradox of intergovernmental integration. The ‘new intergovernmentalism’ theory has formulated a number of hypotheses on this new integration course, such as the informal rule of deliberative decision-making (by opposition to the formal possibility of majority voting) and the multiplication of ‘de novo’ agencies with member states representatives – such as the European External Action Service (EEAS), the European Stability Mechanism (ESM) and Frontex – to the detriment of the genuinely supranational European commission.

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